Le loup avance.
La solitude qui hante sa demeure a déteint,
L'a transformé.
Dans un monde sans couleurs ni chaleur,
Le Loup avance.
Lui-même ne sait pas ce qu'il cherche, ce qui l'attend.
Au coeur de la nuit,
Comme la flamme d'une bougie, etouffé dans l'obscurité,
Le Loup avance.
Son coeur cogne contre ses côtes, l'air gonfle ses poumons,
Il se sent vivre.
Pourtant, les ténèbres encerclent son coeur et, peu à peu, s'en emparent.
La Lune, se teintant de ses reflets d'ombre et d'argent les plus majestueux,
Reste silencieuse, impuissante, son enfant seul, perdu, errant entre les arbres.
Le dôme de la forêt se referme, isolant de la vie cette âme, enveloppe de chair.
Arrive un autre être.
Sous cette voûte de feuillage qui leur fait comme un toit,
Le Loup avance toujours, automate parfaitement reglé.
Calmement, sans précipitation.
Et l'ignorance brille dans les yeux de l'Homme, ses mains se crispant convulsivement.
Compréhension, détermination, dans les yeux du Loup.
Là, à l'abri des regards, a lieu une rencontre, deux destins étroitement enchevêtrés.
Rouge, comme la vie qui pulse en eux, comme le sang du Loup, répandu sur les feuilles.
Une couleur subtile, délicatement ourlée de noir.
L'un reprendra sa route, l'autre retournera à sa demeure.
Sous le dôme des arbres, déjà, le sang du Loup se caille.
Loin, l'autre avance, la forêt derrière lui entamant son chant de deuil et de souffrance,
La Lune parée de ses plus beaux atouts.
Mais plus loin encore, le Loup avance de nouveau, laissant,
Avachi telle une loque sur le tapi des feuilles, son manteau de douleur,
Trempé des larmes versées par son coeur.
Etincelant comme une étoile dans la nuit, le Loup avance,
Libéré de tous poids, silencieusement et sans hâte.
Pourtant, qui pleurera la mort de Loup?
Y aura-t-il quelqu'un, seul être même, qui ressentira les échos de sa chute silencieuse?